Autorité et démocratie

 

Texte communiqué par
Daniel Comte

Regroupement national  «Politiques éducatives » - CEMEA

http://www.cemea.asso.fr/

Octobre 2002

 

 

Un groupe de vingt enseignants de l’école primaire a travaillé autour du thème « Relation éducative et autorité ». Lors d’un temps de travail, ce groupe animé par Daniel Deslandes a échangé autour de l’autorité et de la démocratie. Daniel Comte nous propose ce texte reprenant les réflexions des participants et enrichi d’apports personnels.

 

Mots clés :  Relation éducative - Autorité

 

 

Un entraînement à la démocratie participative peut s’initier à l’école parce que celle-ci est déjà un cadre institutionnel, même si elle n’est pas une société démocratique en réduction. L’école est un lieu dans la société, un des lieux de vie des enfants, nos élèves, comme des adultes, un lieu protégé. C’est parce que l’institution fait autorité, malgré la crise qui les traverse toutes deux, qu’elle est protectrice.

 

Dire que l’exercice de la démocratie dans l’école est un entraînement, c’est reconnaître que c’est un travail de longue haleine.

 

Un des écueils serait une obstination à vouloir mettre en place des instances repérées comme emblématiques d’une société démocratique avant la longue maturation qui doit présider à leur naissance. Le danger est bien réel de se fourvoyer en érigeant par exemple des conseils d’enfants en école primaire qui traiteraient d’objets anecdotiques ou dérisoires selon le bon vouloir de l’adulte ou de s’épuiser dans des procédures électives à répétition sur tous les sujets sur lesquels on voudrait avoir l’avis des élèves. Ce serait plus qu’une erreur pédagogique : un contresens politique.

 

D’une part, cela confisque la parole aux élèves – lorsqu’on vote, on n’argumente ni ne négocie ni ne débat – et d’autre part cela discrédite un acte fondamental, acquis de haute lutte, le vote. Le conseil d’enfants est un dispositif qui a besoin d’être réinterrogé sur ses fonctions pédagogiques, politiques mais aussi psychologiques et sociales : s’il perdure au-delà de ses fondements comme une enveloppe vide de sens, il devient un simulacre de démocratie, limite à ne pas atteindre, terrain miné de la fausse démocratie. Pour autant, l’instance démocratique doit rester un objectif lointain, aboutissement vers lequel on se rapproche par une construction collective qui conduira les élèves vers l’attitude démocratique.

 

C’est une certaine posture de l’enseignant fondée sur l’authenticité et des valeurs qu’il défend qui autorise cet accompagnement collectif .

 

Il dispose d’une panoplie d’outils, en œuvre dans d’autres sphères de la société, que les plus jeunes de nos élèves vont découvrir dans cet espace de socialisation qu’est l’école maternelle : c’est l’acceptation de l’autre à son côté, son écoute, la place et le rôle de la parole, prendre la parole, apprendre la parole, la négociation, l’argumentation. C’est aussi comprendre l’intérêt vers un bien supérieur commun, celui de la collectivité qui dépasse celui des individus. C’est réfléchir à l’importance des valeurs dans les constructions identitaire et collective. C’est plus tard, bien plus tard, s’imprégner des notions de représentation, de délégation de pouvoir.

 

La route est longue qui conduit aux instances représentatives d’une forme de démocratie et ces premiers pas n’amènent qu’à mi-parcours ; loin derrière, la loi de la jungle et du talion, et déjà la vie d’un groupe sur des bases démocratiques.

 

Mais une fois encore, la mise en œuvre de pratiques si elle est une condition nécessaire à l’apprentissage de la démocratie est loin d’être une condition suffisante.

 

L’autorité de l’enseignant est celle qui institue la loi dans un cadre instituant : la classe, l’école.  Son statut le désigne comme porteur de l’autorité, encore faut-il qu’il soit reconnu. Il le sera d’autant mieux qu’il assumera pleinement ses responsabilités en effectuant des choix en raison (et non en passion), en participant activement à l’édification de la personne qu’est l’élève. L’autorité de l’enseignant a une forte composante morale fondée sur des valeurs, celles de l’école, pas toujours celle de son public scolaire.

 

La coutume est antinomique d’une autorité qu’on pourrait qualifier de moderne : elle fonctionne sur l’implicite et sur l’idée que les zones d’ombre sont des zones de pouvoir. Mais le temps de la soumission aveugle est révolu et on ne peut dans un même temps développer l’esprit critique des élèves et exiger d’eux une obéissance sans explication ni discussion.

 

L’autorité de l’enseignant s’alimenterait-elle de sa capacité à expliciter, à se mettre à nu en quelque sorte en s’ouvrant à la critique et en même temps à accompagner le jeune en le protégeant par des procédures qui ne dévoilent pas et qui s’appuient sur la confidentialité (lieux de parole, vote secret…) ?

 

L’autorité apparaît comme portée par l’individu quand on la perçoit derrière des convictions fortes, une croyance en ce qu’il affirme.

 

Lorsque sa présence transparaît dans son cadre de travail (telle salle de classe par exemple), est-ce son autorité qui transsude ou une manifestation de sa personnalité ?

 

Où s’arrêtent les manifestations de l’autorité ?

 

A une portée de voix, peut-être ! de fusil sûrement pas puisque l’usage de l’arme, de la force est signe de dévoiement de l’autorité.

 

 

 

DÉBUT

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Texte actualisé le 15 / 12 /02